Sana Afouaiz – 10 000 femmes entrepreneurs pour changer le monde

NextStep Podcast Sana Afouaiz

[PODCAST] On a rencontré une avant-gardiste de l’entrepreneuriat féminin : Sana Afouaiz, fondatrice de Womenpreneur

Son CV express :

  • Diplômée en sciences politiques de l’Université de Cardiff
  • Passage par la Roger Williams University (US)
  • Auteur du livre “Invisible Women of the Middle East”
  • Fondatrice et Directrice de Womenpreneur

Ce qui nous impressionne chez Sana :

  • Sa cause : L’entrepreneuriat féminin
  • Son ambition globale
  • Son parcours : Sana a étudié à la fois des universités américaine, anglaise et francophone. Elle a également collaboré avec plusieurs institutions internationales (Nations Unies et Commission européenne).

Si vous ne la connaissez pas ou que vous voulez apprendre les clés de la réussite d’une organisation qui vise à faire avancer les droits des femmes, écoutez cet épisode d’urgence !

Hosts : Elisa Brevet et Tarik Hennen.

Ecoutez l’épisode 26 du Podcast Next Step avec Sana Afouaiz, fondatrice de Womenpreneur

Sana Afouaiz
Sana Afouaiz

Transcription de l’épisode

Elisa Brevet : Bienvenue à tous! Vous écoutez Next Step, le podcast des entrepreneurs inspirants qui vous aident à passer à l’étape suivante. À chaque épisode, on vous propose de partir à la rencontre de personnes passionnées, d’écouter leurs parcours et de vous en inspirer. Pour vous accompagner et vous guider dans cette aventure, nous serons deux. Je m’appelle Elisa et je suis avec Tarik.

Tarik : Bonjour Elisa, bonjour tout le monde.

Elisa : Alors, comme vous le savez, nous sommes dans le studio de la Chambre de commerce de Bruxelles, qui représente les intérêts des entreprises bruxelloises. Beci aide et accompagne ses membres dans le développement de leurs activités. Et bien sûr, on remercie Beci de rendre ce podcast possible.

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Elisa : Pour cet épisode, nous sommes ravis d’accueillir Sana Afouaiz. Bonjour Sana.

Sana : Bonjour, merci.

Elisa : Bienvenue dans Next Step. On est ravi de te recevoir. Alors si tu es là aujourd’hui, c’est bien sûr pour nous parler de toi et de ton parcours. Tu es une jeune entrepreneure de 26 ans, tu es marocaine. Etudiante, tu as lancé un blog qui questionnait la place des femmes dans la société. Et puis tu as travaillé pour les institutions, les Nations-Unies. Tu as voyagé pendant de longs mois au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Et tu es partie à la rencontre des femmes pour comprendre leur place, leurs espoirs et leur combat. Et puis, tu as lancé Womenpreneur. Ton combat, c’est d’œuvrer à l’indépendance économique des femmes à travers l’entrepreneuriat du futur. Plus précisément, ton objectif, c’est de mettre la femme au sein de la révolution économique digitale. Alors, on va bien sûr parler de ton projet, mais dans Next Step, on aime bien un peu célébrer les victoires. Parle nous peut être des plus grands moments de Womenpreneurs. Si on avait peut être deux ou trois à retenir depuis 2016.

Sana : Aujourd’hui, on a touché plus que de 10.000 femmes dans deux les régions, en Belgique, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. On a été nominé par la Banque mondiale parmi les 10 organisations les plus inspirantes dans le monde qui travaillent sur la question de l’indépendance économique de la femme. Un des grands projets qu’on a fait dernièrement, c’était le Womenpreneur Tour avec un Bus de Volkswagen. Et on a voyagé au Maroc, la Tunisie et la Jordanie en partenariat avec SANAD et TV5 Monde. C’était un documentaire. On a rencontré des femmes dans des endroits. En fait, dans cette région, on imagine que les femmes sont opprimées . Et là, en fait, on était étonné par le niveau de participation des femmes en technologie, là bas. C’était impressionnant. Plus que 60% des femmes étudiantes dans les universités qui font tout ce qui est sciences, technologies et innovation. Ce sont les femmes. Et elles sont très actives au niveau de la tech écosystème. C’est ce qu’on n’a pas ici en Belgique, par exemple. Et nous, on prend ces expériences là pour essayer de faire quelque chose ici en Belgique, et vice versa aussi.

Elisa: Et quand tu dis faire quelque chose, c’est à dire?

Sana : Donc, notre objectif avec womenpreneur, c’est vraiment de travailler sur l’économie du futur. Donc tout ce qui entrepreneurship of the future. Notre objectif ce n’est pas en fait d’aider les femmes entrepreneuses pour créer un shop qui va durer cinq ans. Et après, c’est bon. Il faut suivre le tech trend. Le monde est en train de changer. La technologie est en train de faire disparaître beaucoup d’autres jobs. Mais en même temps, on va créer des nouvelles opportunités. Mais le problème est ce que nous sommes prêts pour en fait prendre ces opportunités et transformer ça en progrès économique. Quand je regarde la Belgique au jour d’aujourd’hui, on a que 9% des femmes tech founders, donc des femmes qui sont à la tête des start-ups, des entreprises.

Elisa : Oui.

Sana : Quand on regarde le niveau des femmes qui font des études dans le domaine, il y en a peu. Et les femmes qui travaillent en général dans la tech, il y en a vraiment peu. Et donc, d’ici dix ans, on aura 50% des jobs qui vont disparaître. Donc, on aura un sérieux problème par la suite et on aura un gender gap au niveau du travail. Et quand on regarde la population aujourd’hui de la Belgique, on a plus que ça 50% des femmes qui représentent la population. Donc, on est en train de perdre du talent. On est en train de vraiment d’avoir le commencement des problèmes d’égalité de futurs.

Elisa : Et justement, comment est ce que vous, avec Womenpreneur, vous pouvez pallier à ça concrètement. Donc en mettant des choses en lumière, des récits, des témoignages, en formant aussi ou pas? Comment ça se passe?

Sana : Donc, premièrement, on fait la sensibilisation des gens pour vraiment, parce que la question de la femme, ça reste vraiment parfois “pinky”. Donc, on ne prend pas vraiment vraiment sérieux. Donc déjà, on fait de la sensibilisation awareness pour que les gens sachent vraiment c’est une grande problématique à laquelle il faut faire face. Deuxièmement, nous, on crée des plateformes, des espaces où les femmes peuvent accéder en fait à des formations avec training, workshops, du support technique pour vraiment apprendre comment utiliser la technologie et l’innovation dans leur travail, pour grandir leur entreprise, leur start-up. Et aussi on travaille avec les femmes qui travaillent déjà dans la tech pour les aider à acquérir le talent dont elles ont besoin et aussi d’avoir des partenariats potentiels et grandir leur initiative. Troisièmement aussi, ce qu’on fait, c’est tout ce qui est recommendations tout ce qui est “policy making”. Donc, non, on travaille avec les Nations Unies, la Commissaire européen et aussi les gouvernements, locaux et national, pour vraiment dire que voilà, il faut avancer tout ce qui est “gender policy”. Parce que sans les lois, on ne peut pas achever beaucoup de choses.

Elisa : C’est ça. Et alors, vous faites ça dans les deux régions?

Sana : Oui, au Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et ici en Belgique. Et on fait des events chaque mois ici en Belgique. Donc en 2020, on lance un accélérateur pour les femmes qui va permettre de créer des opportunités d’emploi. Il s’appelle “Generation W”. On parle des génération X, Z et Y. Pour nous c’est Generation WW, c’est pour les femmes, women. C’est un accélérateur de six mois.

Elisa : Alors, qu’est ce qui vous différencie peut être d’autres associations de femmes ou woman in tech, ou des choses comme ça?

Sana : Premièrement, je pense que la façon dans laquelle on a créé Womenpreneur. Womenpreneur, c’est pas pour nous, c’est pas juste une plateforme qui va suivre le trend. On parle aujourd’hui de “me too mouvement”, on parle de “rise up” et tout. Et nous, c’est vraiment une initiative qu’on a fait parce que vraiment, on comprend la situation des femmes en Belgique et dans la région. Ca m’a pris un an de vraiment comprendre les besoins des femmes. J’ai voyagé dans 50 pays. Et donc, c’est là où j’ai compris que ce qui se passe au niveau des communautés internationales qui ont beaucoup d’efforts mais en fin de compte, les projets qu’ils font ne répondent pas aux besoins. Et après toutes mes rencontres avec “civil society”, des organisations de femmes, j’ai compris que ils ont une vue sur les besoins des femmes. Mais ils n’ont pas les ressources pour créer des projets; Aussi il y a tout ce qui est censure, politique, sociale, économique. Et du coup, je me suis dit …

Elisa : Qu’il y avait une place à prendre entre tout ça?

Sana : Ouais, voilà.

Elisa : Très bien, alors dans ce podcast, on aime bien aussi revenir un peu aux sources. Est ce que tu peux nous parler un peu de ta famille où tu as grandi?

Sana : Moi, j’ai grandi à Agadir, la meilleure ville du Maroc. Je rigole. J’ai grandi au Maroc. J’ai une grande famille. On est huit filles. Je pense que ma famille, c’était vraiment l’endroit où je me suis inspiré. J’ai grandi aussi dans un environnement où j’ai vu des injustices contre la femme, la discrimination. Et ça, ça m’a permis en fait de vraiment m’inspirer, plutôt de faire quelque chose. C’est pour cela que j’ai commencé avec des blogs quand j’étais très, très jeune. Et en fait, j’ai fait mes premières études au Maroc avant de quitter le Maroc pour les Etats-Unis. J’ai fait un diplôme à Roger Williams University à Rhodes Island. Et puis, j’ai fait un master en sciences politiques à l’université de Cardiff. Et aussi en France, j’ai fait des études là-bas.

Elisa : D’accord. Et tu as été soutenue par ta famille. Je veux dire entreprendre dans ta famille, c’était quelque chose qui était bien vu?

Sana : En fait, le fait que je suis amazigh. Du coup, l’entrepreneuriat, en fait, c’est quelque chose qu’on fait en général. Mais à part ça, les femmes en général au Maroc sont des entrepreneurs. Pourquoi? Parce qu’en général, c’est des entrepreneurs qui travaillent dans l’informel. Je parle en général. L’objectif, c’est vraiment de nourrir sa famille. Et du coup, l’entrepreneuriat, ça vient par défaut. Une des choses qui m’a aussi inspirée, c’est vraiment, voilà, d’avoir voir une structure pour cet entrepreneuriat. Comme ça, ca va permettre à ces femmes là de créer des opportunités

Elisa : Et de s’émanciper.

Sana : Oui, effectivement,

Elisa : Très bien. Alors on aime aussi parler de l’envers du décor puisqu’on sait que entreprendre ce n’est pas toujours très rose, et très facile. Est-ce que tu peux lever le voile un peu sur les difficultés que tu as rencontrées avec Womenpreneur?

Sana : Pour être entrepreneur, les gens pensent que le lendemain, on va devenir des millionnaires. Ce n’est pas le cas. Ça demande cinq ans avant qu’un projet vraiment commençe à avoir des revenus déjà.

Elisa : C’est le cas pour vous.

Sana : Pour nous, c’est une organisation, donc ce n’est pas une startup, c’est différent. Donc nous On reçoit des fonds, on reçoit des sponsorings. Ça demande beaucoup de patience. Les deux premières années, personne n’était payé. Ca demande aussi déjà d’avoir une image et une réputation. La confiance des partenaires.

Elisa : Justement, qu’est ce qui a été le plus difficile peut être pour toi? Si tu avais peut être un point ou deux à partager.

Sana : Je pense le plus difficile, c’est vraiment de quand tu travailles avec un partenaire et tu essaies de lui faire comprendre l’importance du sujet. Et après, tu te rends compte que la question des femmes, on le regarde toujours d’une façon très superficielle. Ça, c’est la chose qui est très difficile parce que parfois, tu penses que..

Elisa : Tu veux dire que tu n’es pas forcément prise au sérieux?

Sana : La cause n’est pas prise au sérieux. Oui, en Belgique et ailleurs, je pense que la cause de la femme, on n’arrive pas à comprendre, même si c’est la cause en fait, quand on parle des injustices sociales. C’est la cause la plus longue de l’histoire. Depuis l’existence de l’homo sapiens, on a toujours cette inégalité entre hommes et femmes. Et aussi l’autre chose qui est très difficile en fin de compte, nous on peut faire des projets, on peut faire des recommandations politiques et tout. Mais en fin de compte, quand on voit que les lois ne sont pas implémentées déjà, proposé, déjà. C’est difficile. Par exemple, dans la dernière tournée qu’on a fait, une des choses qu’on a découverte, c’est que pour faire un crowdfunding campaign, c’est illlégal dans plusieurs pays dans la région.

Sana : Et les femmes ont mal d’avoir accès aux financements, ça, c’est un problème global, mais surtout dans la région. Et du coup, tu trouves comment tu vas faire pour se lancer en tant qu’entrepreneuse, par exemple. Si légalement tu ne peux pas.

Elisa : Et est ce que tu peux citer quelques pays? Je pense que les auditeurs ne les connaissent pas forcément où c’est illégal.

Sana : Par exemple, Tunisie, Maroc, la Jordanie même. D’autres pays en fait la femme pour avoir un crédit bancaire, il faut une permission de son mari. Pour voyager par exemple, ça est arrivé à ma soeur, par exemple. Elle voulait voyager en France. Et du coup pour avoir son visa, elle a besoin de la permission de son mari qui le laisse voyager. Donc ça, je trouve que ça c’est..

Elisa : Un coup d’obstacles.

Sana : Oui, voilà. Donc, c’est quelque chose qui dérange beaucoup lorsqu’on travaille sur la cause. Faire des event, faire des projets, c’est facile. Mais en fin de compte, l’Impact, c’est ça ce qui est le plus difficile.

Elisa : C’est un pack législatif?

Sana : Tout à fait.

Elisa : Merci beaucoup Sana pour ce partage. Je vais maintenant passer la parole à Tarik.

Tarik : Sana, on est ravi de t’avoir.

Sana : Merci beaucoup.

Tarik : Tu es une personnalité, une personnalité vibrante et difficile à caser.

Sana : Ah oui? (Rires?)

Tarik : Tu étais à la fois ici, au Maroc, au Middle East. Tu parles un peu toutes les langues, mais je pense que tu as un profil très inspirant et rafraîchissant.

Sana: Merci beaucoup

Tarik : Pas enfermé dans une case. C’est vraiment un plaisir de t’avoir. En fait, je ne sais pas si tu connais le dicton qui dit “Derrière tout grand homme, il y a une femme ou une grande femme”.

Sana : Je n’aime pas (rires).

Tarik : You know what I am saying.

Sana : I know it, mais je n’aime pas.

Tarik : Ouais, c’est cliché quoi.

Sana : C’est cliché, voilà.

Tarik : Mais, moi, ma maman est marocaine. Elle a grandi à Casablanca. Ce qu’elle a vécu, je pense que ce ne pas un cliché de tout ça, c’est de dire que une grande femme, parce que ma mère est une très grande femme, il y a encore une plus grande femme. C’est ma tante et ma tante, elle est devenue la première sage femme du Maroc diplômée dans les années 50. En fait, elle a eu un succès économique social tellement grand qu’elle a pu aider et entretenir des dizaines de personnes.

Sana : Wow (étonnement)

Tarik : Tu vois, avec un métier, tu dis.. J’ai rappelé ma mère ce matin, je disais mais explique moi comment Tati Haja, à qui je pense bien fort ici. Comment est ce qu’elle a fait pour dire sage femme au Maroc et faire une réussite économique et sociale dans les années 50? Aujourd’hui, j’ai toujours pas compris, mais c’est admirable.

Sana : C’est admirable.

Tarik : Et ce n’est pas la tech. C’est vraiment un truc de base. Donc là aussi, je veux dire la tech c’est important, mais il y aussi aussi la mécanique de société de base qu’il ne faut pas oublier. Selon moi, je vais essayer de revenir à ma question qui est derrière les femmes, il y a encore de plus grande femmes. Je pense que ça peut être une des solutions. Ma tante, apparemment, disait toujours à ma mère qui elle est devenue médecin, sa sœur pharmacienne, “ma sœur ne jamais dépendre sur un homme”. Donc, on en arrive à cette importance de l’autonomie, tu vois, de l’émancipation par : “Je suis entrepreneuse, donc je suis indépendante, donc je peux m’extraire de cette espèce de canevas dans lequel on veut me mettre. Donc, une longue question pour te dire qui sont les grandes femmes qui ont fait de toi déjà une grande entrepreneuse?

Sana : Je dirai pas seulement femmes entrepreneuses, femmes en général. Déjà ma mère. Premièrement, c’était la personne qui m’a inspirée. Ma mère, c’est une femme rurale. Elle n’a pas fait d’études ni rien, mais elle m’a toujours dit qu’Il faut que tu sois indépendante. Il faut que tu fais tes études. Il faut que tu réussisses. Et comme vous l’avez dit, être indépendante en général d’un homme. Et il y a des écrivaines qui m’ont touché beaucoup, à savoir Fatima Mernissi, c’est une grande féministe marocaine. J’ai lu ses livres quand j’étais très très petite donc ça m’a beaucoup inspiré. Nawal Saadawi, une féministe activiste égyptienne qui m’a beaucoup touché. Huda Sharawi qu’on connait très bien. Une des premières, si ce n’est pas la première femme féministe égyptienne qui m’a beaucoup aussi touché avec son parcours. Donc uste pour citer quelques unes, des femmes qui m’ont beaucoup touchée, mais il y avait aussi des hommes qui m’ont touchée et des philosophes qui à l’époque parlaient déjà de l’indépendance des femmes, l’égalité. Et voilà.

Tarik : Je voudrais revenir sur un aspect, vraiment business. Tu vois, moi, j’ai vu beaucoup de gens comme toi. En fait, je compare, je vais dire. Est ce que tu entrepreneuses, toi, ou est ce que tu es influenceuse ou ce que tu es lobbyiste? Ou peut être un peu des trois? Moi, je vois beaucoup de femmes ou beaucoup d’entrepreneurs en général qui vont embrasser une cause, qui vont créer une ASBL et qui vont attendre des financements. En fait, je pense que c’est dur d’avoir une idée business et transformer ça en revenu ou en user base. Mais c’est aussi dur d’avoir une bonne idée. Une bonne cause. Tu as parlé de cause tout à l’heure. Et de transformer ça en projet avec des revenus et une équipe. Et trop souvent, je pense qu’il y a des gens qui font l’erreur de penser qu’une ASBL et les subsides, et ça va aller tout seul. Donc, t’as trouvé sa route. Mais comment tu, je veux dire concrètement, comment tu arrives à faire ça? Comment tu arrives à équilibrer ce qui est ton travail de visibilité avec par exemple, je vois un travail de consultance ou de formation payante? Je veux vraiment très concrètement. C’est quoi les chiffres? C’est quoi la gestion de ton agenda qui te permet d’avoir ton impact sur les idées, mais aussi de faire tourner la boutique?

Sana : Déjà, moi, je dis tout le temps que, parfois, comme vous l’avez dit, c’est vrai que en général, dans les organisations, on pense que les subisides, vont venir, les fonds. Et là, on peut faire des projets. Et on a cet aspect qui n’est pas très vraiment entrepreneurial. Moi, je dis que quand tu diriges une organisation, il faut avoir une business mindset. C’est comme un business, mais le résultat, c’est un impact social. Donc, il faut vraiment avoir ton business plan très clair. Tu sais où tu vois d’ici 5 ans.

Tarik : Et donc pour toi quelle est la proportion aujourd’hui, subsides versus consultants ou revenus?

Sana : Nous, ce qu’on fait en fait, on reçoit des fonds

Tarik : C’est quoi la proportion?

Sana : Normalement, je ne parle pas d’argent, mais en général,..

Tarik : Je ne parle pas de montants mais de proportion. L’année dernière ou l’année prochaine, quel pourcentage de tes revenus viendra des subsides versus de activités de consultance, workshop ou autres revenus? T’es pas obligée de répondre. C’est juste pour donner un benchmark pour les gens. Et tu peux ne pas répondre.

Sana : Les subsides, ça va être 60%. Sponsoring, ça va être 40 %. Le reste, c’est les services (consultants).

Tarik : T’as dit 60 et 40, ça fait 100% ,

Sana : Oui, 100% de…

Tarik : Sponsoring et consulting.

Sana : Oui, voilà. Consulting, ça va être 20%. Et le reste, ça va être le service.

Tarik : En fait, c’est ça, le challenge c’est de réussir à ne pas dépendre totalement de subsides.

Sana : Oui, bien sûr, mais nous en général, avec Womenpreneur, on travaille beaucoup avec Impact Investment companies. Donc c’est comme consulting, en fait. On a des contrats. Donc il y a un service qu’on rend et on est payé pour ce service là, même si c’est un fonds. Mais en fin de compte, c’est comme un business et un contrat. Tu dois faire le travail et tu es payé pour le travail que tu fais.

Tarik : Alors un autre challenge que je vois régulièrement dans ce type d’initiative, c’est la cause est quand même assez facile à identifier.

Sana : [Hésitation]

Tarik : Bon, tu peux identifier la cause. C’est lutter pour l’émancipation économique des femmes entre l’Europe et le Moyen-Orient. Ou Le pays du Maghreb, peu importe. Après, tu vois, il y a des visages sur les causes. Greta Thunberg, Sana. Mais derrière ce visage, il y a une organisation. Là, je vois ton site. Donc comment on fait pour à la fois dire voilà la cause. Moi, je suis le visage de ce mouvement, mais de réussir à avoir une équipe, fédérer autour de ce projet commun. Parce que après, tu peux être influenceur, avoir ton blog gagner très bien ta vie. Tu n’est pas obligé d’avoir une équipe. Comment on fait pour trouver cet équilibre?

Sana : C’est une question très intéressante. Avec Womenpreneur, on essaie, l’image ça ne va pas être collé à une personne mais plutôt à la cause. C’est très difficile parce qu’en général, les êtres humains aiment bien avoir des heros. Coller une personne à une cause, un mouvement. Et c’est très difficile parfois, même si ce n’est pas vraiment vous, vous ne voulez pas. Mais les gens te collent. C’est toi qui représente une organisation. Womenpreneur elle a son identité. Donc aujourd’hui, je dirige Womenpreneur.

Mais peut être d’ici 10 ans, je ne serai plus là. Il y aura une autre personne.

Et ça notre objectif avec Womenpreneur, c’est que Womenpreneur aura sa réputation, son image à elle même, l’organisation. Et c’est ce qu’on fait tout le temps. C’est pas toujours moi qui représente l’organisation. Il y a mes collègues qui parlent au nom de l’organisation, qui représente Womenpreneur dans des events, des initiatives.Une chose, nous, on essaie de créer en fait une culture de travail, un environnement de travail différent au sein de l’organisation.

Au sein de l’organisation, il n’y a personne qui a une position.On est tous un team work. Tout le monde est juste un collègue. Et même quand on a rendez vous avec des partenaires, des sponsors, voilà, on parle comme ça “I am with my colleague” et on en présente le projet. Parce que ça nous est arrivé en fait une fois, par exemple, au début, quand je suis venu en Belgique, j’ai présenté Womenpreneur à des investisseurs, même si l’idée de Womenpreneur, c’était mon idée.

J’étais avec mon collègue qui travaillait avec moi et j’ai présenté le projet. Et à la fin, l’investisseur était très gentil, très, très agréable, sachant que j’ai présenté Womenpreneur à plus 20 personnes. Et après mon collègue et moi, on veut vraiment avoir le contrat avec le sponsor et c’était vraiment bien. Donc, je suis allé aux toilettes et j’ai laissé mon collègue avec un investisseur. Et après lui a dit que si c’est toi qui va diriger l’organisation, je vais vous donner un fonds, mais si c’est elle, je ne peux pas.

Et mon collègue, qui était choqué, lui a dit mais pourquoi. En fait, c’était son idée. Il lui a dit qu’en fait d’ici trois ans, elle va se marier, avoir des enfants. Et je serais partie. Juste pour vous montrer à quel point c’est difficile. C’est pas..

Tarik : Mais tu sais, on dit dans le jeu, c’est pas tellement de lever de fonds, c’est de lever les bons fonds. Tu vois..

Des bonds fonds, mais..

Un euro ne vaut pas un euro. En gros, tu vois un millions d’euros, c’est pas.. C’est une chose dans ce cas là, c’est vrai.

Mais pour un homme, c’est plus facile de lever les fonds que pour une femme. On ne te prend pas au sérieux. L’année dernière, il y avait un projet qu’on voulait lancer ici en Belgique, et c’était une femme qui m’a dit “Est ce que t’es t’es sûr? C’est toi qui va être responsable de ce projet là?”

Tarik : Là où on sait avec des données, les boîtes en bourse avec des directions de femmes sont plus performantes. On est irrationnel quoi, par rapport à tout ça! On a toutes les données qui montrent que c’est l’inverse de ce qu’on croit. Mais voilà, on est un peu con. On est tous un peu con. On met du temps à accepter la réalité.

Tarik : Peut-être une dernière question. Moi, je te souhaite de disparaître. Tu vois, tu auras réussi quand tu auras plus besoin d’organisation pour la défense des femmes.

Sana : (Rire)

Tarik : Imagine que ta next step, c’est de devenir ministre de l’économie et de l’Éducation. C’est quoi tes premières mesures dans les 100 premiers jours?

Sana : En Belgique?

Tarik : En Belgique.

Sana : Pour l’éducation, déjà, premièrement, je pense qu’il faut avoir une éducation qui marche. Les besoins de marché travaillent déjà, avoir plutôt une éducation pratique. Au lieu d’avoir seulement une éducation théorique. Déjà, le système éducationnel va changer d’ici 20 ans. Donc, il faut vraiment avoir ça dans la tête, donc se préparer. Déjà à Singapour, Il y a des robots qui enseignent aux étudiants. Donc la Belgique doit suivre. Suivre le trend parce que c’est important. Aussi au niveau d’éducation, je vais vraiment insister sur une éducation qui crée une nouvelle culture dans nos sociétés. En fait, une éducation qui insiste sur tout ce qui est critical thinking. Pas des gens qui vont apprendre le cours par coeur et passer l’examen, mais plutôt en fait, c’était des thinkers.

Tarik : Ca, je dis ça toutes les semaines. Le skill le plus important, le critical thinking, esprit critique. Sa capacité à s’exprimer,

Sana : Oui, de s’exprimer et de savoir comment penser. Parce que les thinkers, c’est eux qui vont nous avancer dans la vie en général.

Tarik : Bon, ben, etpour la suite de ton programme économique, rendez vous sur le blog.

Sana : Rendez vous sur le site womenpreneur-initiative.com et on lance l’accélérateur. Donc ça peut intéresser pas mal des femmes à postuler et de bénéficier de cette opportunité.

Elisa : Alors, c’est pas complètement fini. On a quelques petites questions pour toi. Alors les règles sont simples, ne pas trop réfléchir et répondre assez brièvement.

Un conseil qu’on a donné et que tu aurais dû suivre.

Sana : Parfois, je ne n’ose pas trop dire

Elisa : De pas trop parler?

Sana : De pas trop parler.

Tarik : Le cliché qu’il faut oublier à jamais sur la vie de entrepreneuses.

Sana : Qu’on est des millionnaires.

Elisa : Une mauvaise habitude dont tu aimerais te débarrasser?

Sana : De beaucoup travailler.

Tarik : Le livre que tu aurais rêvé d’écrire?

Sana : Je l’ai déjà écrit (rire).

Elisa : Et c’est quoi?

Sana : Invisible Women of the Middle East.

Elisa : Très bien.

Sana : Un livre que j’ai écrit l’année dernière. Disponible sur Amazon.

Elisa : Bon, eh bien merci. C’est la fin de ce podcast. Merci pour votre écoute. On espère vous avoir inspiré. Merci Sana. Merci Tarik. N’hésitez pas à commenter et à nous donner votre avis. On se retrouve très vite pour un prochain épisode.

Tarik : Merci, merci. Merci. Vraiment laissé un commentaire si ça vous a touché!

Ecoutez les autres épisodes du podcast Next Step.

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Tarik Hennen